Quelques arguments en faveur du TBI

Ces dernières semaines, on a vu sur Internet de nombreuses voix s’élever contre la supposée « révolution » du tableau blanc interactif (TBI). Plusieurs articles ont récemment soulevé le débat :

Ces différents articles, solidement argumentés et largement commentés, ne manquent pas de bon sens ni d’humour. Ils témoignent aussi d’un certain ras-le-bol envers la technicisation actuelle du débat pédagogique.

Chez TableauxInteractifs, nous sommes bien sûr convaincus de l’intérêt pédagogique du TBI et il nous semblait important de réagir à ces visions plutôt pessimistes de l’outil. Sans avoir l’ambition de révolutionner le débat, nous voudrions simplement y apporter un autre point de vue.

Bernard-Yves Cochain, responsable de ce site, m’a donné carte blanche pour réaliser cet article. Rappelons que Bernard-Yves est consultant pour Smart mais qu’il souhaite faire de TableauxInteractifs un site indépendant et sans parti pris.

Je précise que je ne suis pas moi-même enseignante, j’ai seulement eu l’occasion d’observer des enseignants utiliser le TBI en classe et de réaliser une étude sur le sujet. Je n’aurais donc pas la prétention de mieux savoir qu’un enseignant ce que peut lui apporter le TBI. J’aurais beaucoup à apprendre de vous, et sans doute ma vision des choses vous paraîtra-t-elle trop théorique… J’attends donc avec beaucoup d’impatience et d’intérêt les avis et critiques de chacun.

 

Critique n°1 : le TBI n’améliore pas les résultats des élèves

 

Certes, à ce jour aucune étude française n’a prouvé que le TBI menait à une amélioration des résultats scolaires.

De nombreuses enquêtes constatent simplement une augmentation de la motivation des élèves ce qui, comme le commentait Thierry Klein, directeur de Speechy, n’est « pas si mal ».

En 2005, une enquête commandée par la SDTICE tâchait de faire le bilan de l’opération TBI-PrimTICE : d’après cette étude, 95,6% des enseignants constataient une réelle augmentation de la motivation des élèves.

 

Par ailleurs, des études étrangères ont quant à elle pu démontrer une amélioration effective des résultats scolaires.

En juillet 2007, l’étude « Evaluation of the Primary Schools Whiteboard Expansion Project », menée par l’agence BECTA, a comparé les scores de plus de 7000 élèves aux examens nationaux, en fonction de leur expérience du TBI. Résultat de l’étude : plus les élèves avaient suivi des cours avec le TBI, meilleurs étaient leurs résultats. Si le temps d’expérience est un facteur aussi déterminant, c’est parce que plus les enseignants utilisent le TBI, plus ils développent des usages experts de l’outil, et plus cette utilisation est profitable. Cela montre qu’acquérir un TBI doit être envisagé comme un projet à long terme.

D’autres effets positifs ont pu être constatés dans cette étude, comme une amélioration du comportement et une motivation accrue des élèves en difficulté.

 

Il manque donc une étude française digne de ce nom pour pouvoir affirmer ou nier que le TBI a un impact sur les résultats scolaires.

Pour plus d’informations sur ces études je vous conseille l’article de Mônica Macedo-Rouet : « L’usage du TBI : une amélioration des résultats des élèves ».

 

Critique n°2 : le TBI n’apporte rien de plus d’un vidéoprojecteur

 

Cet argument anti-TBI est un argument récurrent, au cœur de l’article « TBI : Tableau Bien Inutile » :

« Y’en a un peu marre de ces articles et sites consacrés aux TBI divers et variés. Parce qu’un TBI ça ne permet jamais que ce que permet un vidéoprojecteur et une souris. »

Effectivement, on constate que de nombreux enseignants ont un usage limité du TBI et qu’ils pourraient tout aussi bien se contenter d’un simple vidéoprojecteur.

Il y a deux semaines Bernard-Yves Cochain avait ouvert une discussion dans le forum à ce sujet : Apport pédagogique du tableau par rapport au simple vidéoprojecteur.

  • Un premier atout du TBI par rapport au vidéoprojecteur est à mon sens la manipulation directe, « tactile » des éléments au tableau – ce qui est notamment très intéressant pour les problèmes de représentation dans l’espace. Cela me semble tout-à-fait différent de réaliser des tracés, déplacer des polygones ou mesurer des distances avec ses mains ou un stylet sur un tableau, qu’avec une souris sur un ordinateur. La manipulation est plus facile, plus directe, elle donne une appréhension plus directe du problème… Cela peut paraître gadget mais à mon avis, pour les élèves les plus en difficultés ça peut complètement changer la vision des maths.
  • Un autre élément qui a son importance : les élèves sont beaucoup plus enthousiastes à l’idée de manipuler le TBI plutôt qu’aller utiliser l’ordinateur. Je vous l’accorde, cet argument n’est pas le plus probant : déjà parce que je ne dispose d’aucunes statistiques pour vous prouver ça, et ensuite parce qu’on peut supposer que l’attrait de la nouveauté ne dure qu’un temps.
  • Par contre, un avantage certain du TBI, souvent cité par les enseignants, est qu’il libère de l’emprise de l’ordinateur : plus besoin de se cacher derrière son écran, le prof peut faire la classe debout face à ses élèves, passer entre les rangs et communiquer avec eux plus librement.
  • Un dernier élément essentiel à mes yeux : le gain de temps apporté par le TBI. Les logiciels livrés avec le TBI permettent en un instant d’annoter les documents à la main, barrer, effacer, entourer, revenir en arrière, enregistrer toutes les étapes du cours pour les diffuser ensuite à la classe. Tout cela n’est pas une nouveauté du TBI, c’est réalisable avec la plupart des logiciels, mais souvent beaucoup plus fastidieux. Cela peut paraître secondaire, mais il me semble que gagner du temps en classe, éviter les temps morts et les manipulations compliquées est essentiel lorsqu’il s’agit de maintenir l’attention des élèves.

 

Critique n°3 : le TBI favorise une pédagogie frontale et magistrale

 

Comme le dit Eric Delcroix : « Le TBI arrive en remplacement d’un mélange d’outil… : le vieux tableau noir et les présentations de type PowerPoint que l’on peut diffuser sur des écrans ! ». Le TBI apparaissant comme une version numérique du traditionnel tableau noir, on l’accuse de conserver le parti d’une pédagogie frontale, magistrale. Pour moi de nombreux éléments contredisent ce point.

Comme je l’ai déjà dit, le TBI permet au professeur de se dégager de son ordinateur et donc d’être davantage présent avec ses élèves, d’interagir avec eux de manière plus directe, si besoin de passer dans les rangs pour accompagner les plus en difficulté.

Le TBI permet d’améliorer la participation des élèves, d’abord en leur donnant envie d’aller au tableau et ensuite en leur permettant de manipuler de manière autonome l’outil. Il favorise donc les interactions prof/élève et incite les élèves à s’engager dans la construction du cours.

Le TBI enrichit les situations de découverte en permettant à l’ensemble de la classe d’être face à la même situation projetée au tableau, et de participer ensemble à la réflexion (et non pas chacun sur sa feuille).

Certains affirment qu’une classe où chaque élève disposerait de son propre ordinateur (classe mobile) serait bien plus intéressant pédagogiquement qu’un TBI, puisqu’avec un TBI il ne peut y avoir qu’un seul élève qui participe. Certes, cela permet probablement de mieux adapter le cours à chaque élève selon son niveau et ses difficultés, de mettre en place un enseignement différencié. Mais si chaque élève travaille devant son propre ordinateur, ne perd-on pas toute la richesse de la réflexion collective, de l’apprentissage en commun ? J’avoue être assez sceptique et je serais curieuse d’avoir les retours d’enseignants en classes mobiles (idéalement qui auraient aussi testé le TBI !)

 

Critique n°4 : le TBI coûte cher

 

L’argument du prix est difficilement réfutable : effectivement, ce matériel a un coût important (il faut compter environ 2000€ pour une solution complète comprenant ordinateur, vidéoprojecteur et tableau).

Cela représente une manne financière considérable pour les constructeurs de TBI, et l’on peut donc logiquement craindre que l’apport pédagogique du TBI soit surévalué au profit d’intérêts commerciaux.

On peut espérer qu’avec le temps, la concurrence du marché conduira à une baisse généralisée des prix.

On connaît aussi le TNWii, version « bricolée » du TBI qui revient à 41€. Ce prix est cependant à revoir à la hausse : il ne faut pas oublier l’acquisition du vidéoprojecteur, de logiciels et d’une surface de projection de qualité. Cette solution me paraît peu viable pour un usage à long terme (notamment pour le confort d’utilisation et les problèmes de « point chaud »), mais ce peut être une première étape avant de se décider pour l’acquisition d’un TBI.

Le coût important du TBI fait qu’il me semble très important que l’acquisition de ce matériel corresponde à un réel projet pédagogique voulu et porté par l’enseignant qui en profitera. Il semble essentiel, avant d’acheter un TBI, d’évaluer la plus-value que pourra apporter l’outil : si un vidéoprojecteur suffit à ce qu’on compte en faire, alors effectivement le coût du TBI sera démesuré.

Par contre, si l’enseignant se donne pour objectif d’explorer toutes les potentialités de l’outil, l’investissement sera vite amorti et même largement compensé par l’apport pédagogique. Je pense que si on demandait à des enseignants utilisateurs du TBI leur avis sur le coût du TBI, une majorité serait de cet avis.

Pour répéter une évidence : le TBI n’est qu’un outil. Comme l’explique Gilles Jobin, c’est « une baguette de chef d’orchestre ».

Ce n’est pas un outil miracle qui va révolutionner les pratiques pédagogiques, sauver les élèves en difficulté, rendre les élèves amoureux de l’école et les professeurs plus pédagogues : je pense que cela est une évidence pour tous.

Le TBI pourra convenir parfaitement à certains enseignants et en décevoir d’autres, ce n’est qu’un outil parmi tant d’autres…

Mais bien utilisé et désiré par l’enseignant, le TBI pourra faciliter la compréhension des élèves, augmenter leur motivation en classe, donner aux enseignants l’envie de sortir d’une certaine routine pédagogique… et puis aussi nous donner une bonne occasion de discuter, c’est déjà ça.

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