En 2015, (Re)donnez vie à votre TNI

Petit point sur le numérique pédagogique

Point sur numérique pédagogique

Le ministère de l’Éducation nationale développe sa stratégie ambitieuse pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique. Cela, c’est pour un bout du dispositif, à l’autre, il y a les enseignants avec leurs élèves.
Le mal français a été longtemps de vouloir faire avec les moyens du bord, le système D, des bouts de ficelle. Encore aujourd’hui, de nombreuses écoles se brident, n’osant pas demander à leur mairie une ampoule de rechange pour le vidéoprojecteur qu’elles ont pourtant économisé au maximum en ne l’utilisant qu’avec une excessive parcimonie.
Le problème de cet état de fait est plus grave qu’il ne peut paraître au premier abord. En effet, les solutions bricolées ne sont pas très efficaces, en tout cas pas dignes d’une utilisation professionnelle. Dans la plupart des écoles les réseaux ne fonctionnent pas de façon efficace, les ordinateurs majoritairement sous Windows XP ne sont pas mis à jour et pas entretenus et se voient relégués dans des armoires avec une étiquette HS…
Plus grave, des matériels performants et intéressants d’un point de vue pédagogique sont peu, mal ou pas utilisés. C’est souvent à cause d’un défaut de maintenance, mais aussi par un défaut de formation.
Heureusement, cette situation un peu sombre n’est pas générale, tant s’en faut. Dans beaucoup d’écoles et d’établissements, les choses se sont bien passées. À cela, plusieurs facteurs, pas forcément tous réunis, mais au moins un d’entre était présent :

  • Un ou des enseignants mobilisés réussissant à surmonter les difficultés au prix d’un investissement personnel certain.
  • Une formation de qualité, assurée par l’éducation nationale, des collègues, certains revendeurs ou des sociétés spécialisées.
  • Une collectivité attentive aux besoins et ayant financé une offre réellement adaptée. Aux besoins des enseignants.

On remarque dans ces cas-là, un effet boule de neige. Analysons cela pour en tirer des directives pour bien réussir la mise en place d’un numérique de qualité.

Des exemples vertueux

Tout d’abord, revenons sur les trois principaux facteurs ayant permis des réussites.

Exemples vertueux

L’engagement d’enseignants

Je ne parle pas de ces enseignants passionnés qui montent des trucs demandant des connaissances trop poussées en informatique, ou un investissement hors de proportion, car leur exemple n’est pas généralisable et peut même, au contraire, servir de repoussoir aux collègues moins férus de technologie.
Dans l’article suivant il est précisé la stratégie de déploiement de solutions interactives dans un établissement
http://www.tbi-direct.fr/faq/FACTEUR_SUCCES-msc.html

Je parle d’enseignants engagés dans une démarche pédagogique honnête qui cherchent dans les outils d’aujourd’hui une façon d’assurer le mieux apprendre de leurs élèves. Cela peut passer par un blog, un journal de classe sur l’ENT et souvent l’utilisation d’un TBI. Pour eux, l’outil est là pour favoriser la réussite de leurs élèves, en leur permettant d’être plus motivés, de mieux comprendre, de collaborer, de s’ouvrir sur le monde, de réfléchir et d’argumenter.
L’approche étant pédagogique, ces enseignants font souvent plus facilement « tache d’huile » que les purs technophiles. Cependant, pour qu’ils puissent réussir, il faut que le matériel et les logiciels fonctionnent et leur assurer (rassurer) une formation adaptée, sur les usages, plus que sur la technique.

Une formation de qualité

C’est une deuxième voie vers le succès, surtout quand ces formations sont axées sur l’utilisation, plus que sur la technique.
L’éducation nationale a assuré une bonne part de ces formations et même de mieux en mieux au fil du temps. Au début des années 2000, ces formations étaient essentiellement techniques et ne donnaient pas trop d’idées d’utilisation aux enseignants. C’était sans doute un moindre mal dans la mesure où les enseignants équipés étaient essentiellement des enthousiastes. Aujourd’hui, cela ne suffit plus, le virage du numérique ne doit pas être pris seulement par les chevaux de tête, mais par tout l’attelage Éducation nationale. Il convient donc que les suiveurs potentiels aient des références aux meneurs. Pour cela, certains ont mis en place des mécanismes de formation par les pairs. On citera par exemple, les pauses déjeuner et TICE, ou des équipes se retrouvent dans une classe pour se restaurer et échanger sur leurs pratiques. Cela a été particulièrement développé à l’époque de l’opération ENR, les écoles ayant usé de cette stratégie ont alors impulsé une dynamique qui tient toujours.
Ces échanges ne sont pas une nouvelle façon de faire, cela est pratiqué de très longue date par les enseignants du mouvement Freinet, par exemple. Ce qui est intéressant, c’est que ces méthodes permettent la mise en place d’une bonne émulation et des processus de mutualisation et d’entraide qui assurent une bonne efficacité.
Lorsque les conditions sont un peu moins bonnes, un coup de pouce de l’extérieur peut débloquer la situation. Cependant, cette impulsion doit être renouvelée. Une première séance peut servir à ouvrir les horizons. Par exemple, dans le cas du tableau interactif, on peut voir des exemples, des manipulations de base, mais surtout, il convient de donner envie, de montrer le temps gagné et l’efficacité que peut apporter cet outil. À la fin de cette première formation, les enseignants doivent avoir envie d’expérimenter, d’essayer. Pour cela, cette formation doit apporter des techniques directement exploitables et des pistes de réflexion à maturer.
Une seconde intervention quelques semaines après permettra de faire le point et de répondre aux véritables questions. En effet, les représentations initiales lors de la première approche du tableau interactif sont souvent assez éloignées des véritables apports de cet outil. Il convient donc de laisser les enseignants formés faire leur parcours sans le faire à leur place afin qu’ils construisent leur propre approche du dispositif. C’est en somme, une démarche semblable à celle qu’ils utiliseront avec leurs élèves lorsqu’ils en auront atteint la maîtrise. Cette seconde séance pourra s’achever sur des objectifs précis. On veillera à ce que les fausses représentations et les pratiques peu efficaces soient identifiées pour qu’elles puissent être évitées. Au besoin, on élaborera un document directement utilisable en classe. Attention toutefois que ce document soit bien un document permettant les interactions entre élèves et entre élèves et enseignant. IL doit plus être un support de réflexion et d’expérimentation qu’un exposé à faire défiler. Ce point est très important, car la réalisation de document à projeter est le plus grand écueil rencontré dans l’utilisation du tableau interactif. Cela stérilise l’usage en classe en imposant un parcours unique ne laissant pas de place à la véritable réflexion et construction collective. De plus, cela demande plus de temps de préparation à l’enseignant, temps qui serait mieux exploité en se reposant, en réfléchissant aux différentes façons d’aborder la question ou en se documentant…
Une troisième intervention permettra de renforcer les éléments positifs. Elle permettra aussi de repérer les enseignants ayant développé les stratégies les plus efficaces, ce qui pourra servir de ressource pour les formateurs qui pourront s’appuyer sur ces démarches pour enrichir leurs interventions. De plus, en aidant à mettre en place des fonctionnements d’équipe, on pourra faire évoluer plus rapidement et efficacement tous les enseignants d’un établissement scolaire.
On sait quand une équipe a bien évolué, par le climat de l’école, mais aussi par les demandes en équipement qui augmentent. Pour cela, il faudra que la collectivité responsable puisse accompagner cette montée en puissance.

Une collectivité attentive.

Et pourtant, ces collectivités, malgré l’augmentation de leurs charges, sont généralement sensibles à une belle utilisation de leurs investissements. Pour cela, l’établissement ne devra pas hésiter à fluidifier les relations avec sa collectivité de référence en invitant, par exemple, élus et administratifs à découvrir ce qui est fait avec leurs investissements.
Il conviendra non plus de ne pas se brider. Une demande justifiée, bien construite, sera quasiment toujours acceptée, même si parfois la réalisation sera un peu plus étalée dans le temps que souhaité. Le rythme des élections est moins rapide que celui des années scolaires…
Trop souvent, les enseignants ne revendiquent pas leur statut de professionnel. Que penseriez-vous d’un médecin qui aurait un stéthoscope bricolé avec un bout de bois, ou d’un garagiste qui n’aurait qu’une pince multiprise pour tout outil.
Eh bien, c’est de cette façon que sont équipés de nombreux enseignants. Soit par ignorance des financeurs ou destinataires, soit par timidité des enseignants qui n’ont pas osé demander ce dont ils avaient réellement besoin.
Pour conserver l’exemple du TBI, ils ont un vidéoprojecteur partagé entre toutes les classes, souvent bruyant et pas suffisamment lumineux. Ils doivent donc récupérer les éléments en s’assurant qu’un collègue n’en a pas besoin au même moment (la loi de Murphy fait que justement, tout le monde a besoin du matériel en même temps). Il faut perdre encore un quart d’heure pour tout mettre en place et croiser les doigts en espérant que le driver du TBI est toujours sur l’ordinateur (certains collègues sont fascinés par la nécessité de « nettoyer » les ordinateurs.
Comment s’étonner que ces matériels soient sous-utilisés ?
Le cahier des charges initial de l’opération ENR était parfaitement calculé pour un résultat optimum. Malheureusement, des pressions ont fait qu’il a été amendé et de plus pas toujours respecté sur le terrain. À l’origine, ce cahier des charges préconisait un TBI fixe, réglable en hauteur avec un vidéoprojecteur sur potence. C’est ce qui existe dans les écoles des autres pays européens. C’était la voix et la voie de la sagesse, dommage qu’elle ait été si peu suivie.
Bien sûr, une faiblesse de ce plan était la limitation à un seul TBI financé par école. Cela a conduit trop souvent à choisir soit une solution mobile que l’on sait pourtant peu adaptée, soit des équipements très sommaires et d’une ergonomie déplorable.
Le résultat est là encore, des équipements sous exploités, ou pire, tombés rapidement en panne, car pas adapté à l’usage.
Cela pourra avoir refroidi les motivations des collectivités concernées. Ce n’est pas toujours le cas, mais ce qui ressort est que là où les bons choix et les bons accompagnements ont été faits, la situation est très euphorisante. Toutes les classes y sont désormais équipées, les équipes pédagogiques y sont plus soudées et bien sûr, c’est là que l’on voit le meilleur impact sur la réussite des élèves.
Pour la nouvelle année, la bonne résolution pourrait être d’essayer de rejoindre le groupe des écoles et établissements qui ont réussi le virage du numérique.
Voici quelques pistes.

En 2015, on prend le virage du numérique

Virage numérique 2015

Dans ces vœux aux enseignants, Najat Vallaud-Belkacem annonce une grande consultation sur le numérique éducatif. 2015 devrait donc voir les prémices de ce plan numérique qui joue à l’Arlésienne.
Comme le dit l’adage, « aide-toi, le ciel t’aidera ». Les enseignants peuvent donc, comme le charretier embourbé, préparer le terrain pour sortir le char de l’Éducation nationale de l’ornière.
Pour cela, voici quelques conseils en forme de démarche :

  1. Interroger ses pratiques existantes et repérer les points de blocage, les phases où l’on perd du temps, où on manque d’efficacité.
  2. Analyser les outils numériques qui pourraient aider à limiter ces difficultés.
  3. N’hésitez pas à investiguer sur les relations entre les outils déjà existants et ceux que vous voulez ajouter. Par exemple, si vous voulez des tablettes, il peut être astucieux de choisir un modèle permettant la communication avec le tableau interactif et l’ENT…
  4. Valider ses hypothèses en se documentant, en interrogeant des collègues ayant déjà mis en place ces outils, en demandant conseil aux missions TICE, animateurs informatiques et autres personnels ressources.
  5. Ne pas prendre les conseils et avis pour argent comptant. Prenez le temps de vous forger votre propre avis, chaque enseignant ayant des pratiques différentes, il est normal de développer sa propre utilisation des outils.
  6. Assurez-vous du soutien de collègues, encadrement, formateurs qui pourront vous aider à réussir votre « métamorphose ».
  7. Constituez un dossier pour votre collectivité. Privilégier les fournisseurs déjà connus de la commune s’ils sont compétents dans le domaine des outils que vous envisagez. Si ce n’est pas le cas, ce sera moins facile, car il faudra faire valider le fournisseur pertinent par la collectivité. N’hésitez pas à recueillir des avis et conseils auprès des collègues clients de cette entreprise. Celle-ci devrait vous permettre d’accéder à quelques exemples de situations comparables à la vôtre.
  8. Votre dossier a été accepté, la municipalité a compris l’importance de vous équiper de la manière que vous avez choisie. Elle n’a pas de crainte sur votre éventuel départ, ce serait en effet un mauvais coup de quitter l’école sans s’assurer que le matériel va être bien accueilli. Cela arrive malheureusement trop souvent et cela provoque une plus grande méfiance de la collectivité.
  9. Préparer votre classe et vos élèves à l’arrivée des nouveaux outils. Par exemple, pour un tableau interactif, il faudra prévoir son emplacement, veiller à avoir une connexion internet, les prises de courant nécessaire, le système de sonorisation correspondant. Pour des tablettes, il faudra prévoir un local ou une armoire forte où les ranger et les recharger.
  10. Une fois le matériel installé, les formations de base effectuées, essayez de travailler en équipe. Par exemple, vous pouvez organiser des réunions hebdomadaires pour vous présenter vos découvertes, exposer vos problèmes. Pensez aussi aux possibilités de mutualisation, de travail en commun et même à mettre en œuvre les élèves qui peuvent effectuer certaines tâches tout en suivant leur programme, par exemple l’indexation de ressources pour les TBI.
  11. Pensez à inviter les responsables de la collectivité pour qu’ils puissent constater le bon usage de leurs investissements. Vous assurerez les futurs équipements de votre établissement. Ne négligez bien sûr pas les parents qui peuvent être inquiets des changements.

Voilà, avec cette attitude positive, vous serez prêts à vous engager dans les meilleures conditions dans le virage du numérique. Alors, surveillez l’actualité, participez à la prochaine consultation sur le numérique et vos élèves, objets de tous vos efforts auront un avenir meilleur.

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